EPISODES 3 ET 4
pour lire les épisodes manquants :
http://www.konsstrukt-rien.blogspot.com
J’aimais la façon qu’avait Céline de baiser.
Je suis rue Saint-Denis. Je regarde les putes par en dessous. Je me demande si elles m’ont remarqué. Ca fait trois jours que je viens là. Que je les mate – une heure ou deux avant de retourner à la chambre d’hôtel. J’ai envie d’aller avec elles – je ne peux pas – je ne peux pas encore – c’est trop difficile. Je me branle le soir en pensant à Céline. A la première fois que nous avons baisé – quelques heures à peine après qu’elle a débarqué dans la maison.
Dans son sac il y avait une bouteille de vodka. De la vodka merdique – la marque premier prix de Monoprix – je ne me souviens plus du nom – elle l’avait acheté à l’épicerie du dernier village avant la maison – elle comptait se la taper tranquille dans la chambre de ma mère – se bourrer la gueule en sa mémoire.
Quelques heures après on baisait.
Je regarde les putes. Je regarde celles qui lui ressemblent.
– Tu es puceau ? elle m’avait demandé.
Je n’avais pas su quoi répondre et elle m’avait souri.
J’étais allongé sur le dos – on parlait – je sais plus trop de quoi on parlait.
Je m’arrête de marcher. Je m’adosse à côté d’un porche qui mène à une cour. Céline est venue s’allonger près de moi. J’ai pris son visage dans mes mains – elle s’est laissée faire. Je l’ai embrassée. Son haleine était bien chargée d’alcool – la mienne devait pas être mieux.
On s’est embrassé comme ça en se caressant le visage – ça a duré plusieurs minutes. Ses mains étaient douces et moites. Elle salivait beaucoup. Elle gardait les yeux fermés. Moi j’ouvrais les miens pour voir son visage. Pour voir les émotions sur son visage.
Je bandais. Elle se pressait contre moi.
Ses mains sont passées sous mon tee-shirt – les miennes ont fait pareil. Elle avait des seins lourds et sensibles. On s’est peloté. Ca a duré longtemps. Et puis elle a glissé une main dans mon pantalon. J’ai été surpris par son geste. Elle s’est d’abord un peu écarté et puis sa main est entrée sans même qu’elle ait besoin de défaire un seul bouton. Sa paume s’est collée contre ma bite.
Je bande simplement à repenser à ce moment. Sa main était moite de sueur. Elle ne pouvait pas me branler – pas assez de place – elle faisait glisser sa main de bas en haut – ça suffisait. J’ai essayé de faire pareil – d’enfoncer ma main dans son jean – elle s’est écarté – elle a dit : « non c’est ton tour ». Elle a souri. Ses yeux brillaient. Sa main n’allait pas vite. Je sentais le plaisir monter doucement. Elle pressait un peu plus fort au fur et à mesure que je gonflais.
Je regarde les putes. Je regarde celles qui lui ressemblent.
Elle me souriait. Elle était attentive aux mouvements du plaisir qui altéraient mon visage – comme moi lorsque nous nous embrassions. Je souriais involontairement. Je me crispais. Quand je me suis senti jouir je l’ai prévenue.
Il fait soleil. Ca donne une lumière jaune et chaude qui me donne envie de pleurer.
Une fille noire m’aborde. Elle des cheveux longs et légèrement bouclés – du rouge à lèvre – un body violet et une mini jupe en cuir rouge – sa main est douce et sa voix est gaie.
– Viens je t’emmène quelque part.
Je suis surpris. Je me laisse faire. Nous traversons la rue. Elle me tient toujours par la main. Nous entrons dans un immeuble délabré. L’escalier est en bois. Le bruit de nos pas est très mat. Elle a des talons hauts. Elle passe devant moi. Elle roule du cul. Au deuxième étage elle sort une clé et ouvre une porte. On entre dans un studio miteux. Parquet terne et tapisserie des années soixante-dix. Un lit – une penderie – une vieille commode.
– Tu veux prendre une douche d’abord ?
– Non merci.
– C’est cent euros le rapport complet.
– Et pour une fellation ?
– Quatre-vingt.
– D’accord.
Je sors de mon portefeuille quatre billets de vingt. Je me déshabille. Je suis encore en érection – Céline – et la pute regarde ma bite avec amusement.
Je m’allonge sur le dos. Elle se déshabille à son tour – sauf ses bas noirs. Elle vient entre mes cuisses et me branle. Quand je suis suffisamment dur elle déchire l’enveloppe d’un préservatif et me l’enfile sur le gland. Elle le déroule. Je mollis un peu. Elle me prend dans sa bouche. Elle suce de bas en haut en maintenant ses doigts en anneau à la base de mon gland. Ca dure quatre ou cinq minutes. Je caresse ses fesses et l’entrée de sa chatte. Elle a une fente très charnue et lisse. Ses fesses sont très douces. Quand elle me sent prêt à jouir elle relève un peu la tête et ne m’aspire que le gland en serrant fort les lèvres. D’une main elle me branle et de l’autre elle me caresse le ventre. Je jouis. Mon cœur accélère. Mon souffle devient court ma bouche sèche. Elle se relève et elle me sourit. Elle me montre la poubelle où je peux jeter mon préservatif et me tend un rouleau de papier toilette blanc et rêche du genre qu’on trouve au lycée ou dans les cinémas. Pendant que je me nettoie elle se rhabille. Je me rhabille aussi tandis qu’elle allume une cigarette. Elle ne dit pas un mot. Je me sens gêné.
– C’était bien – je dis.
Elle me sourit. Elle ouvre la porte – je constate qu’elle était fermée à clef. Nous descendons – elle passe toujours en premier.
– A bientôt.
– Salut.
Je m’éloigne. Elle retourne à son poste.
Je marche lentement en direction de mon hôtel. Durant le court moment passé dans le studio avec la pute la lumière a baissé. De jaune elle est devenue grise – c’est encore plus triste.
Je trouve tout triste en ce moment.
J’arrive à l’hôtel. Un hôtel pourri. Une chambre minuscule.
Je vais au lavabo. Ma bite est plutôt molle. Elle sent la sueur et le latex. Elle est encore un peu poisseuse de lubrifiant. Je pense à la chatte de Céline. Je n’ai presque rien senti – ma salive plus sa mouille – elle mouillait beaucoup – du coup elle a eu un orgasme au bout d’un moment – quand elle a joui elle a eu des spasmes à l’intérieur – elle donnait des coups de ventre – je sentais quelque chose palpiter autour de ma bite – la serrer – elle a crié plus fort – de plus en plus fort jusqu’à la fin de l’orgasme – son visage détendu et elle a souri comme si elle souriait pendant son sommeil – les yeux fermés – une expression totalement involontaire – incontrôlée – qu’elle ne se connaissait sans doute pas. Ses mains agrippées à mes fesses – ses mains chaudes – collantes de sueur.
J’éjacule dans le lavabo – quelques petits jets blancs – je me rince la bite – je nettoie le lavabo – je vais m’allonger sur le lit – c’est un lit à une place – le sommier grince. J’ai le cafard.
Je me relève. Le lit grince. Je me dirige jusqu’à l’armoire qui occupe le mur d’en face. L’armoire n’a pas de porte. En bas de l’armoire il y a mon sac. Je l’ouvre. Je prends le revolver. Je me demande pourquoi je le garde.
Je sors le barillet – il est vide. Je le renifle. L’odeur de métal. Le colt Taurus. Et Céline qui est morte avec cette arme. Je remets en place le barillet. Je place le canon contre ma tempe.
Je me rends compte que j’oublie un truc.
Je fais tourner le barillet d’un coup sec de la paume donné de bas en haut.
Voilà. Le canon contre la tempe. Un peu appuyé. Je sens le froid du métal. La pression du canon – presque douloureuse. Mon doigt sur la détente. J’appuie. Clic. Je pense : zéro chance de mourir sur six. Je me trouve ridicule. J’ai envie de pleurer. Zéro sur six ou une sur six ça fait pas une grande différence. Quand on y réfléchit bien. Mais ça a suffi. Une sur six.
J’appuie cinq autres fois sur la détente. A chaque fois ça fait clic. L’impact résonne contre ma tempe – se propage à travers l’os et me colle la pétoche.
Quand mes pitreries sont terminées mes mains tremblent. Je pose l’arme sur le lit.
Je la regarde – sans pourvoir en détacher mes yeux.
Ouais. On se défonçait et on picolait beaucoup trop. Avec Céline.
On a joué à Guillaume Tell.
On est sorti de la maison. On a fait un feu. Ca nous a pris un moment. Ramasser des branches – tout ça. Bourré comme on l’était. Ca n’était pas facile. On a baisé dans la forêt. J’étais allongé par terre – tout un mélange de feuilles mortes de cailloux et de trucs pointus me lacérait le dos. Elle était assise sur moi – jupe relevée – elle n’avait pas de culotte – pull et tee-shirt relevés au-dessus des seins. Elle se penchait – tombait à moitié – sur moi – on baisait violemment – moi si bourré que je n’étais pas près de jouir – ses seins venaient sur mon visage. Je mordais les tétons – fort – mes mains sur son dos – à chaque morsure je sentais sa chair de poule – elle prenait son pied – elle a joui – ça faisait un sacré boucan au milieu des arbres – je me suis branlé pour me finir – elle a voulu que je jouisse sur son cou – ça dégoulinait – je me vidais.
Notre dernière baise.
Au bout d’un moment – je me souviens pas de tout – le feu était prêt. Il flambait bien – des flammes – des putain de nom de Dieu de flammes – plus haute que nous – on pouvait pas rester à deux mètres – on cuisait – et la lumière – et le bruit des branches qui craquaient. C’était magnifique.
Je ne me souviens plus qui a eu l’idée de jouer à Guillaume Tell. Ces jours-ci je gardais le révolver tout le temps avec moi. Je tirais sur les arbres – ou au ciel. J’aimais bien tirer quand j’étais saoul – et j’aimais bien tirer quand j’étais défoncé. J’étais tout le temps saoul ou défoncé ou les deux.
Je m’allonge sur le lit. Je prends l’arme. Elle pèse sept cent grammes quand elle n’est pas chargée. Je la tiens à bout de bras pointée vers le plafond. J’ai le bras qui tient l’arme tendu au-dessus de ma tête et l’autre bras replié sous ma nuque. Le poids de l’arme grandit et grandit – une tension envahit mon bras – du poignet jusqu’à l’épaule – la nuque raide et tout devient douloureux – mes muscles sont tétanisés. Je plie le bras et je lâche l’arme sur le lit – le revolver creuse le matelas en y rebondissant.
Elle s’est déshabillée. Elle tournait le dos au feu et elle m’a fait un strip-tease. Elle était près des flammes – moi à quelques mètres. Même raide bourrée – même défoncée à mort – elle bougeait bien et ne tombait pas. Elle était en contre-jour. Son corps apparaissait sombre et nimbé de rouge sang. Elle était superbe. Les flammes volaient derrière elle. Elle était une apparition. Un démon. La suite est arrivée toute seule. Elle a pris une canette de bière encore pleine. Elle l’a posée sur la tête. Ca tenait pas bien – la cannette est tombée sans se casser. Elle a recommencé – je me souviens de la concentration qui figeait son visage – je me souviens aussi de l’alcool qui affaissait ses traits.
La bouteille a fini par tenir. Céline ne bougeait plus. J’ai pris le flingue. J’ai visé. J’ai tiré.
La première balle s’est perdue je ne sais pas où.
J’ai ri. Elle a lutté contre le rire. La bouteille n’est pas tombée. Tout son corps était immobile – comme une statue. Je voyais ses tétons dressés. Je devinais la chair de poule sur sa peau. J’ai visé à nouveau – plus soigneusement – en tout cas j’ai essayé – j’ai raté la bouteille – une vitre de la maison a éclaté sous l’impact.
Nous avons ri tous les deux. Un fou-rire – à s’en faire mal aux côtes. On n’en pouvait plus. Ca a duré – je ne sais pas – peut-être dix minutes. Dix minutes quand même je ne sais pas. C’est très long dix minutes.
Dix minutes. C’est le temps qu’il m’a fallu pour déposer son corps au fond de la fosse et de la reboucher. Dix minutes. Ca je le sais parce que j’ai vérifié. Ca m’a pris aussi dix minutes pour me débarrasser du sang. Dix minutes de douche.
Je pleure.
Je repousse le revolver. Il tombe sur le sol en faisant un important bruit mat et bref. Il n’est plus dans mon champ de vision. Non – on n’a pas pu se bidonner pendant dix minutes. Une ou deux. Grand maximum.
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire