journal de mercredi.

Un matin, enfin, je ne me suis pas couché. Il devait être dans les six heures quand je pris véritablement conscience, pour la première fois, à quel point je ratais ma vie. Je n’étais pourtant pas triste. Je n’étais même pas du tout déprimé. C’était comme une vague d’énergie, qui déferlait soudain dans tout mon corps, à partir d’un point non localisé de mon esprit. J’éprouvai un désir neuf, non négligeable, devant la vie. ‘De l’intense, sinon rien’. En temps normal, ce genre de réveil retournerait bien vite dormir, mourir, en bon chien dressé à la niche. Mais aujourd’hui, chaque parcelle de mon cerveau résonne à la suite des autres. Une vraie tête de moteur à explosion. Mille rappels du bonheur oublié. Alors, après quelques minutes de tétanie extraordinaire, je me suis levé et je suis allé me faire des tartines. Tout cette merde n’avait que trop duré, pensai-je.

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Le tarot m’avait déjà tout dit, il y a deux semaines, lorsque mon cousin me faisait tirer les cartes. Que j’étais pendu, la tête en bas, par l’impératrice toute-puissante, comme tous les hommes. Que chacun était séparé de l’autre, et que chacun touchait l’autre par sa séparation. Que sur ce monde, sous le soleil, régnait un esprit vampire infiniment mauvais qui pompait toute l’énergie nécessaire à l’amitié entre deux hommes. Que cet esprit est synonyme de mort, et que si il nous aspire tous sans exception, il aspire certains plus que d’autres. Qu’il faudrait, au final, que je sois un type tendant ma coupe pleine à ras-bords de dégoût, bien en évidence, pour que tous ceux que je croise la renifle aussi, en sente la puanteur, et qui sait, y portent parfois deux lèvres secourables. Une croisade du dégoût en somme, la plus appliquée et la plus exacte possible. J’ai un très grand besoin de pitié. Mais, moi, ici et maintenant, est-ce que j’ai seulement pitié ? Je suis à mi-chemin entre le prolétaire et le bourgeois. Le Graal c’est quand tu pourras t’apercevoir que tout le dégoût s’est changé en vin dans la coupe. Et puis tu trinques, tu trinques, tu trinques, sans t’arrêter. Ca risque pas d’être demain la veille.

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L’énergie a tenu quelques heures, et puis est repartie, sans un mot, comme un voleur. Je viens de passer cinq heures de suite devant un jeu vidéo et il y a des frissons qui parcourent le haut de mon crâne, ce qui est toujours quelque chose d’agréable. Si je ne fais aucun effort, c’est que je n’ai pas envie de me sauver moi-même, et que finalement je n’ai aucune envie de dégoûter personne, ou de prendre une coupe qui n’existe que sur une putain de carte de tarot pour amateur d’ésotérisme. J’en suis venu à la conclusion que seul le sommeil et ses rêves peuvent m’apporter un peu de paix. Est-ce que c’est triste comme bilan ? De ne pas être un homme d’action, de ne pas être un fort, d’oublier soi-même ? Et si je ne suis moi-même que dans les rêves allongés, et puis l’alcool, et puis les paroles d’ivrogne ? Le tout c’est de ne pas se morfondre et d’accepter son sort. Après tout j’ai déjà entrevu de la beauté et de la poésie, dans ces moments où j’oublie de combattre moi-même. J’allume une roulée, je relis le texte, je me réjouis par endroits. Petits riens.

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